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Jean Robic
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Jean Robic, né le 10 juin 1921 à Condé-lès-Vouziers dans les Ardennes et mort dans un accident de la route le 6 octobre 1980 à Claye-Souilly en Seine-et-Marne, est un coureur cycliste français.

Professionnel de 1943 à 1961, il a notamment remporté le premier Tour de France de l'après-guerre en 1947, exploit accompli sans jamais porter le maillot jaune au cours de l'épreuve. Jusqu'au terme de sa carrière en 1959, à trente-huit ans, il remporte six étapes, et porte une journée le maillot jaune lors du tour de 1953.

Il a également remporté le premier championnat du monde de cyclo-cross en 1950. Auparavant, il avait gagné en 1947 le critérium international de cyclo-cross, à l'époque championnat du monde officieux. À son palmarès figurent également un titre de champion de France de cyclo-cross et une Polymultipliée.

Très bon rouleur et excellent grimpeur, il s'avère moins à l'aise dans les épreuves contre-la-montre et les descentes de col, sans doute en raison de sa corpulence relativement chétive. Il a été l'un des coureurs français les plus populaires de l'après-guerre et est parfois considéré comme l'incarnation de « l'anti-Bobet ».

Contents

Notes

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Jeunes années

Les parents de Jean Robic sont originaires du Morbihancite-ref-ap5-2-0[1]. Son père qui se prénomme Jean et est charpentier, s'est installé à Radenac en 1927cite-ref-ap6-3-0[2] ; il a atteint un niveau régional honorable de coureur cyclistecite-ref-ap6-3-1[2]. La mère de Jean Robic, née Rose Le Lay (1899 - 1983), est originaire de Pleugriffetcite-ref-ap6-3-2[2], où son père (le grand-père maternel de Jean Robic) était sabotiercite-ref-ap6-3-3[2].

Démobilisé en 1917, Jean Robic (père) décide de rester dans les Ardennes pour exercer sa professioncite-ref-ap6-3-4[2]. Entouré de sa femme Rose et de ses trois filles, Bernadette et les jumelles Marthe et Marie, il est à nouveau père le 10 juin 1921, avec la naissance de Jean à Condé-lès-Vouziers. Par la suite Jean et Rose ont eu deux autres enfants : Pierre (né en 1923cite-ref-4[Note 2]) et Janine (1931 - 1935)cite-ref-ap6-3-5[2]. En 1924, la famille Robic s'installe en Bretagne, après une transition de quelques mois à Pariscite-ref-ap9-5-0[3]. Toutefois Jean Robic (père) est régulièrement envoyé sur des chantiers relativement éloignés, comme pour celui de la gare d'Avranchescite-ref-ap9-5-1[3]. En 1927, il arrête sa profession de charpentier pour ouvrir un magasin de cycles à Radenaccite-ref-ap9-5-2[3].

Jean Robic est plutôt bon élèvecite-ref-ap9-5-3[3] ce qui lui permet d'obtenir son certificat d'études primairescite-ref-ap9-5-4[3]. Ce diplôme en poche, il commence un apprentissage à La Bottine (un hameau de Radenac, situé à environ 1,5 kilomètre du bourgcite-ref-6[Note 3]), pour devenir charroncite-ref-ap10-7-0[4]. Il s'inscrit alors à ses premières courses cyclistes, dont certaines sur lesquelles court également son pèrecite-ref-ap10-7-1[4]. À partir de 1937, il récolte ses premiers résultats sur des courses localescite-ref-ap11-8-0[5].

Course en junior puis en indépendant

En 1939, Robic intègre le club cycliste de l'Union Cycliste Auraycite-ref-ap11-8-1[5]. Il court alors au niveau junior et obtient son premier résultat d'envergure : la victoire à l'éliminatoire régional du Premier pas Dunlopcite-ref-ap11-8-2[5]cite-ref-cp24-9-0[6]. L'épreuve se déroule le 2 avrilcite-ref-ap11-8-3[5] à Lorientcite-ref-ap12-10-0[7] et est donc finalement remportée par Jean Robic, devant son coéquipier de l'UC Auray, André Bernardcite-ref-ap12-10-1[7]cite-ref-palmar-s-11-0[8]. Néanmoins, sa corpulence plutôt chétive laisse sceptiques certains observateurs quant à la consistance de son avenir dans le cyclisme. Ainsi Le Nouvelliste du Morbihan titre, sous la plume de Pierre Audiau, « Victoire éphémère de Jean Robic »cite-ref-ap12-10-2[7]. Il décide alors de donner un autre tour à sa carrière naissante en « montant à Paris »cite-ref-ap12-10-3[7]. Il s'y installe à partir de février 1940 où il est hébergé par une tante habitant le 13e arrondissementcite-ref-ap12-10-4[7]. Il signe une licence au Club Vélocipédique des Moulineauxcite-ref-12[9]cite-ref-13[10]. Il est alors embauché par un marchand de cycles de Boulogne-Billancourt, surnommé « Bibi Sausin » (un ancien coureur sur routecite-ref-15[Note 4] reconverti dans le demi-fondcite-ref-ap12-10-5[7]) dont les vélos équipent le club cycliste de Saint-Cloudcite-ref-ap12-10-6[7], le Club Sportif Clodoaldiencite-ref-cp31-16-0[12].

En juin, à la suite de la « débâcle », Jean Robic est de retour à Radenac (où il reprend une activité de charron)cite-ref-ap13-17-0[13]. Il est néanmoins rapidement de retour à Paris, où il reprend son emploi chez Sausincite-ref-ap13-17-1[13]. Il devient également membre du club cycliste de Saint-Cloudcite-ref-ap13-17-2[13] (sponsorisé par son employeur). En 1941, il obtient un premier résultat d'envergure en cyclo-cross, en obtenant la quatrième place au critérium international de cyclo-crosscite-ref-palmar-s-11-1[8]cite-ref-19[Note 5]. Il obtient cette même année la troisième place de Paris-Rouen ainsi que la huitième place de Paris-Alençoncite-ref-palmar-s-11-2[8]cite-ref-20[Note 6]. En 1942, il intègre un club plus prestigieux, le Club Sportif Internationalcite-ref-ap13-17-3[13] ; il obtient la troisième place (après avoir été huitième en 1941) de Paris-Alençoncite-ref-palmar-s-11-3[8].

En 1943, Jean Robic a 22 ans et vit sous la menace du service du travail obligatoirecite-ref-ap13-17-4[13]. Par précaution, il change régulièrement le lieu où il dortcite-ref-ap13-17-5[13]cite-ref-jb147-21-0[15]. Son emploi est alors de creuser des tranchées autour d'un terrain d'aviationcite-ref-jb147-21-1[15] à Cormeilles-en-Vexincite-ref-ap13-17-6[13]. Ce travail est à 60 kilomètres de Paris et il effectue chaque jour l'aller-retour à bicyclettecite-ref-jb147-21-2[15]. D'un point de vue sportif, son bon résultat sur Paris-Alençon lui permet d'être remarqué puis recruté par Maurice Evrard, alors patron de l'équipe Génial Lucifercite-ref-ap13-17-7[13]. Il intègre donc Génial Lucifer et obtient dès 1943 des premiers résultats comme une troisième place à Paris-Nantescite-ref-22[Note 7]. Il obtient également une cinquième place au Circuit du plateau (à Angoulême), une sixième place à la Flèche française (contre-la-montre par équipes), une septième place au Critérium des As et une 10e place à la Polymultipliéecite-ref-palmar-s-11-4[8]. C'est seulement lors de la saison 1944 que Jean Robic acquiert le statut professionnelcite-ref-palmar-s-11-5[8].

Carrière cycliste professionnelle

Premières saisons

Le 10 avril 1944, Robic se blesse gravement en courant Paris-Roubaix ; en effet, il chute sur les rails du tramway à la gare d'Amiens et se fracture le crânecite-ref-ap14-23-0[16]. Sa saison compte toutefois quelques résultats, comme sa victoire à l'Omnium des routiers à Vaugirard, une troisième place au Rallye des champions (le tour de Paris en contre-la-montre) et une cinquième au Grand Prix du pneumatiquecite-ref-palmar-s-11-6[8] ; en cyclo-cross, il décroche la seconde place de Versailles-Pariscite-ref-palmar-s-11-7[8].

Lors de la saison 1945, l'équipe Génial Lucifer, comprend quelques coureurs de renom : Louis Caput, Maurice Quentin ou encore Robert Chapattecite-ref-ap15-24-0[17]cite-ref-25[18]. Comme les saisons précédentes, l'avant-saison sur route est, pour Jean Robic, largement occupée par le cyclo-crosscite-ref-ap15-24-1[17]. Au niveau national, la discipline est dominée par Robert Oubroncite-ref-ap15-24-2[17]. Le 18 mars 1945cite-ref-cyclo-cross1945-26-0[19], lors du championnat de France de cyclo-cross, Oubron se trouve échappé dès le premier tour en compagnie de Robic, de Kléber Piot et de Roger Rondeauxcite-ref-27[Note 8]. Bien que lâché par Oubron, puis victime d'une chute au dernier tour, Robic parvient à revenir pour remporter la course et devenir champion de France de cyclo-crosscite-ref-ap16-28-0[20]. Il boucle le parcours en 1 h 0 min 11 scite-ref-cyclo-cross1945-26-1[19], Piot finissant à 19 secondes et Rondeaux à 44 secondescite-ref-cyclo-cross1945-26-2[19]. Cette même année, Jean Robic remporte le cyclo-cross de Montreuil et finit second du Championnat de Pariscite-ref-palmar-s-11-8[8]. Sur la route, associé à son coéquipier Lucien Le Guével de chez Génial Lucifer, il remporte l'Omnium de la routecite-ref-ap16-28-1[20]. En septembre 1945, il retourne en Bretagnecite-ref-ap16-28-2[20] : d'une part, pour retrouver sa famille à Radenac ; d'autre part, pour participer à plusieurs courses cyclistes organisées dans la régioncite-ref-ap16-28-3[20]. Il gagne plusieurs courses dont le Grand Prix de Jugon, le 18 septembre 1945cite-ref-ap16-28-4[20]. Le lendemain, le 19 septembre 1945, le père de Jean Robic, occupé à abattre des arbres, est grièvement blessé par la chute de l'un d'entre euxcite-ref-ap16-28-5[20]. Il meurt peu de temps après, avant même son admission à l'hôpital de Ploërmelcite-ref-ap16-28-6[20]. Alors qu'il envisageait de s'installer à Radenac, Jean Robic décide alors d'installer sa mère, là où il loge, à Clamartcite-ref-ap16-28-7[20].

Lors de la saison 1946, Robic remporte plusieurs épreuves de cyclo-cross : le cyclo-cross des Nations, le cyclo-cross de Montreuil (pour la seconde fois) et la première épreuve du Championnat de Pariscite-ref-palmar-s-11-9[8] ; surtout il participe à sa première grande course à étapes, la Ronde de France, mais est contraint à l'abandon lors de la cinquième et dernière étape, à cause de maux de tête chroniques, consécutifs à sa chute sur Paris-Roubaix 1944cite-ref-ap17-29-0[21]. En juillet, il participe à Monaco-Paris, épreuve surnommée « Le petit tour de France » en raison de certaines similarités dans l'organisation comme le fonctionnement en équipes nationales et régionalescite-ref-ap17-29-1[21]. Jean Robic n'est pas membre de l'équipe de France (dans laquelle on peut trouver René Vietto ou encore Apo Lazaridèscite-ref-ap17-29-2[21]) ; en effet, Robic fait partie de l'équipe régionale de l'Ouestcite-ref-ap18-30-0[22] avec notamment Sylvère Jezo, Amand Audaire ou encore Albert Goutalcite-ref-ap18-30-1[22]. Durant cette épreuve, Jean Robic remporte la troisième étape, entre Briançon et Aix-les-Bainscite-ref-ap18-30-2[22] en reprenant dix-sept minutes à Vietto, leader au classement général (il le reste à l'issue de cette troisième étape) ; cela permet à Robic de prendre la seconde place au généralcite-ref-ap18-30-3[22]. Selon Jean Robic lui-même, Vietto « était manifestement à bout »cite-ref-ap19-31-0[23] ; il interprète alors l'échappée de Leoni et de Lazaridès comme une « combinazione »cite-ref-ap19-31-1[23] entre les équipes de France et d'Italie. Le fait est que Robic n'a « trouvé personne, absolument personne, pour l'aider dans la poursuite »cite-ref-ap19-31-2[23] et qu'il en gardera une profonde amertumecite-ref-ap19-31-3[23]. Néanmoins, outre, sa victoire d'étape et sa troisième place finale au général, Robic obtient la cinquième place de la seconde étape de Monaco-Paris et quatrième de la quatrième étapecite-ref-palmar-s-11-10[8]. Ces bonnes performances en 1946, sont complétées par une cinquième place à la Ronde des champions, une sixième place à Manche-Océan et une 10e place au Circuit de l'Ouestcite-ref-palmar-s-11-11[8].

Saison 1947, la victoire dans le Tour

La saison 1947 de Jean Robic débute par le cyclo-cross : outre celui de Montreuil qu'il gagne pour la troisième fois consécutivecite-ref-ap21-32-0[24], il remporte le critérium international de cyclo-crosscite-ref-ap21-32-1[24]cite-ref-33[Note 9] devant Rondeaux deuxième (qui lui, s'adjuge le titre de champion de France en févriercite-ref-34[25]), ainsi que le cyclo-cross de la Butte-Montmartre qui emprunte les escaliers de la basilique du Sacré-Cœurcite-ref-ap21-32-2[24]. Il remporte également la Revanche de L'International et le Cyclo-cross de Montreuilcite-ref-palmar-s-11-12[8]. Son début de saison sur la route est moins flamboyant : comme il le reconnaîtra par la suite dans un entretien paru dans Miroir des Sports, « ce Tour, je l'avais préparé à ma façon [...] j'appuyais pendant cent kilomètres, puis j'abandonnais. Je me la fignolais la forme, en accumulant des réserves »cite-ref-ap24-35-0[26]. Il reconnaîtra également que cette manière de se préparer lui a coûté une place en équipe de France pour le Tour 1947 : Léo Véron, directeur technique de l'équipe de France lui aurait asséné : « Vous ne marchez pas Robic, je ne peux vraiment pas vous sélectionner »cite-ref-ap24-35-1[26]. Jean Robic est alors retenu dans l'équipe de l'Ouestcite-ref-ap25-36-0[27]. En juin, il obtient toutefois quelques résultats sur la première édition du Critérium du Dauphiné libéré : il remporte une étape et prend la cinquième place du généralcite-ref-ap24-35-2[26]cite-ref-palmar-s-11-13[8]. Toujours au mois de juin et quelques jours avant le départ du Tour de France, il se marie le 21 juin à la mairie du 14e arrondissement avec Raymonde Cornic (fille des patrons du bar « Au Rendez-vous des bretons » situé près de la gare Montparnasse)cite-ref-ap25-36-1[27].

Le 25 juin, c'est le départ du premier Tour de France de l'après-guerre ; il regroupe cent coureurscite-ref-ap26-37-0[28] répartis dans cinq équipes nationales (France, Belgique, Italie, Pays-Bas et Suisse/Luxembourg) et cinq équipes régionales dont celle de l'Ouest à laquelle appartient Robic. C'est Pierre Cloarec (qui a mis un terme à sa carrière de coureur, la saison précédente) qui dirige l'équipe de l'Ouest composée, outre de Robic, de Bocquet, Cogan, Goasmat, Guégan, Le Strat, Mahé, Pontet, Rousseau et de Tassincite-ref-ap26-37-1[28]. L'épreuve commence plutôt mal pour Robic, car dès l'issue de la seconde étape, il est quinzième au classement général, à plus de onze minutes du maillot jaune René Viettocite-ref-ap27-38-0[29].

La troisième étape Bruxelles - Luxembourg voit Pierre Cogan se classer second et accéder à la quatrième placecite-ref-ap27-38-1[29] du général. Il semble prendre ainsi un certain ascendant (au sein de l'équipe de l'Ouest) sur Robiccite-ref-ap27-38-2[29] qui lui est remonté à la septième place au général mais à presque vingt minutes de Viettocite-ref-ap27-38-3[29], toujours leader du général. Le lendemain, lors de l'étape Luxembourg - Strasbourg, Robic s'échappe en compagnie de Ferdi Kübler et de Maurice Diot, au cours de l'ascension du col de Savernecite-ref-ap28-39-0[30]. À l'arrivée à Strasbourg, Kübler chute sur les rails du tramway, laissant Robic remporter facilement la quatrième étape avec 61 secondes d'avance sur le coureur suissecite-ref-ap28-39-1[30]. Ce succès permet également à Robic de gagner une place au général et de se retrouver sixièmecite-ref-ap28-39-2[30]. La sixième étape, gagnée par Lucien Teisseire, permet à Édouard Fachleitner, à Albert Bourlon ou encore à Bernard Gauthier de faire une partie de leur retard au généralcite-ref-ap31-40-0[31]. L'étape suivante entre Lyon et Grenoble, est la première des Alpes. D'abord distancé, Robic parvient à rattraper Ronconi, Lazaridès et Fachleitner pour finalement les lâcher : il passe seul le col du Cucheron puis le col de Porte et remporte sa deuxième étapecite-ref-ap32-41-0[32]. Il se retrouve alors quatrième au généralcite-ref-ap32-41-1[32]. L'étape suivante, qui conduit le peloton à Briançon est celle d'une relative défaillance pour Robiccite-ref-ap32-41-2[32]. Il parvient toutefois à limiter les dégâts : il finit douzième de l'étape et ne perd qu'une seule place au généralcite-ref-ap33-42-0[33]. La journée de repos passée, l'étape suivante qui arrive à Digne-les-Bains et qui est remportée par Vietto, n'est guère plus favorable à Robiccite-ref-ap34-43-0[34]. Victime de deux crevaisons, Robic finit quatrième à plus de six minutes de Viettocite-ref-ap34-43-1[34] ; au classement général, il est cinquième à 18 minutes et 10 secondes de Vietto, à nouveau maillot jaunecite-ref-ap34-43-2[34]. Ses chances de victoire finale s'amenuisent encore le lendemain : à l'issue de cette dixième étape qui arrive à Nice, il se retrouve alors à 23 minutes de Vietto, au classement généralcite-ref-ap34-43-3[34]. Les étapes intermédiaires entre les Alpes et les Pyrénées ne modifient pas les écarts au classement général. Au soir, de la 14e étape, la veille de Luchon - Pau, une altercation oppose Robic et Tassin, au cours du dîner de l'équipe de l'Ouest : Tassin reproche à Robic d'être fanfaron et prétentieux tandis que Robic est lassé des quolibets émis par ses coéquipiers en particulier par Tassincite-ref-ap35-44-0[35]. La dispute fait évidemment le tour du peloton. Le lendemain, avant le départ, Georges Speicher lui demande quels sont ses plans pour la journée : Robic répond à la cantonade « Je pars dès le début et j'arrive seul ! »cite-ref-ap35-44-1[35]. Ce qui pouvait être pris pour une prévision particulièrement prétentieuse, est pourtant confirmée par le début de la quinzième étape : Robic attaque dès la sortie de Luchoncite-ref-ap37-45-0[36]. Il franchit seul le col de Peyresourde, puis l'Aspin, le Tourmalet et l'Aubisque et gagne à Pau, sa troisième étapecite-ref-ap37-45-1[36]. Il reprend ainsi plus de quinze minutes à Vietto et se retrouve avec un retard d'un peu plus de huit minutes au généralcite-ref-ap38-46-0[37]. Le lendemain, à Bordeaux, Robic gagne le sprint du pelotoncite-ref-ap38-46-1[37], ce qui fait dire à Francis Pélissier :

« Rouleur, grimpeur, sprinter, il est tout, ce petit bonhomme. Il est mal parti dans ce tour, dommage. Malgré cela, il peut encore gagner. Que Vietto fasse attention. Tout est possible, tout peut arriver. »

— Francis Pélissiercite-ref-ap38-46-2[37]

Le Tour arrive alors sur « les terres » de l'équipe de l'Ouest ; c'est d'ailleurs à Vannes, à l'issue de la 18e étape qu'a lieu la dernière journée de repos. Jean Robic y retrouve son épouse Raymonde ainsi qu'une de ses grands-mères habitant Le Roc-Saint-Andrécite-ref-ap38-46-3[37]. Le lendemain se déroule un contre-la-montre individuel entre Vannes et Saint-Brieuc ; c'est sur cette étape que Vietto perd définitivement le Tour 1947. En effet, il est quinzième de l'étape à près de quinze minutes du vainqueur Raymond Impaniscite-ref-ap41-47-0[38]. L'écart paraît rédhibitoire à deux jours de l'arrivée à Paris. L'Italien Pierre Brambilla s'empare donc du maillot jaune ; Robic est troisième au général, à 2 minutes et 58 secondescite-ref-ap41-47-1[38]. Durant l'avant-dernière étape Saint-Brieuc - Caen, Robic tente plusieurs fois d'attaquer le maillot jaune. Mais à chaque fois Brambilla le reprendcite-ref-ap41-47-2[38]. Lors de la dernière étape, un petit groupe de coureurs (dont le vainqueur de l'étape Albéric Schotte) s'échappe au kilomètre 85cite-ref-ap43-48-0[39]. Environ trente minutes après cette échappée, le peloton parvient à la côte de Bonsecours ; Robic décide alors de démarrer dans la côtecite-ref-ap43-48-1[39]. Brambilla en embuscade parvient petit à petit à revenircite-ref-ap43-48-2[39]. Aussitôt Robic refait l'effortcite-ref-ap43-48-3[39] rejoint par Fachleitner, Ronconi et Impanis. C'est alors que Fachleitner, cinquième au général, démarrecite-ref-ap43-48-4[39]. Le maillot jaune Brambilla décide alors de tenter de le reprendrecite-ref-ap44-49-0[40] sans succès. Revenu au niveau de Robic, Brambilla est alors « déposé » par Robic qui rejoint Fachleitnercite-ref-ap44-49-1[40]. À 110 kilomètres de l'arrivée, Fachleitner négocie sa participation à l'échappée avec Robiccite-ref-ap45-50-0[41]. Il aurait obtenu la promesse de recevoir 100 000 francs de la part de Robiccite-ref-ap45-50-1[41]cite-ref-51[42]cite-ref-52[43]cite-ref-53[Note 10]. Jean Robic remporte ainsi le Tour de France ; au classement généralcite-ref-ap46-54-0[44], il devance Fachleitner (à 3 min 58 s), Brambilla (à 10 min 7 s), Ronconi (à 11 min) et Vietto (à 15 min 25 s). Il semble avéré qu'après le Tour, Robic signa un chèque de 100 000 francs à Léo Véroncite-ref-ap47-55-0[45] (le patron de l'équipe de France à laquelle appartenait Fachleitner) et que la somme fut répartie entre les membres de l'équipecite-ref-ap47-55-1[45].

Saison 1948

La saison de Jean Robic débute par une victoire au cyclo-cross de la Butte-Montmartrecite-ref-palmar-s-11-14[8]. Robic enchaîne ensuite par une participation au Grand Prix de l'Écho d'Algercite-ref-ap49-56-0[46]. Alors qu'il est dans le groupe de tête, une crevaison l'empêche de disputer la victoire finale qui échoit finalement à Roger Queugnetcite-ref-ap49-56-1[46]. Durant la saison de cyclo-cross, Robic remporte celui de la Butte Montmartrecite-ref-ap50-57-0[47], qu'il avait déjà remporté la saison précédente, alors que son rival Roger Rondeaux (qui devient par ailleurs le parraincite-ref-ap50-57-1[47] de son fils Jean-Lou qui vient de naître) s'adjuge L'International, ainsi que le championnat de France. Sa course Paris-Roubaix tourne court à cause d'une chutecite-ref-ap50-57-2[47] ; son premier résultat sur route de la saison est donc sa victoire à la course de côte du mont Faroncite-ref-ap50-57-3[47]. La performance de Robic y est d'ailleurs reportée ainsi par Albert Baker d'Isy : « une course excellente et facile »cite-ref-ap50-57-4[47]. Le 23 mai 1948, il obtient la septième place de Paris-Valenciennes dont l'arrivée est jugée au stade Nungessercite-ref-ap50-57-5[47]. Il participe ensuite à Paris-Limogescite-ref-58[Note 11], puis à la seconde édition du Critérium du Dauphiné libérécite-ref-ap51-59-0[48]. Outre la troisième place au général, il remporte la première place au classement des grimpeurscite-ref-ap51-59-1[48]. En juin, il participe ensuite au Tour de Suisse, durant lequel il court ponctuellement pour une autre équipe : l'équipe Cilo dirigée par Georges Cuveliercite-ref-ap52-60-0[49]. Il y gagne deux étapes : la 1rebcite-ref-61[50] et la 4e étapecite-ref-62[51] (à la suite du déclassement de Ferdi Kübler). C'est durant cette quatrième étape que Richard Depoorter trouve la mort accidentellementcite-ref-ap52-60-1[49]. Robic est finalement quatrième au général et second au classement de la montagnecite-ref-ap54-63-0[52]. Peu de temps après, le 30 juin 1948, est donné le départ du Tour de France 1948. Cette fois-ci, Robic n'est plus membre de l'équipe de l'Ouest mais bien de l'équipe de France elle-même, dirigée par Maurice Archambaudcite-ref-ap55-64-0[53]. La concurrence est rude au sein de cette équipe et aucun leader naturel ne parvient à se dégager parmi Bobet, Teisseire, Vietto et Robiccite-ref-ap56-65-0[54]. Le classement général final revient à Gino Bartali (à noter l'absence de Fausto Coppi dans l'équipe d'Italie) ; Robic de son côté, finit à la 16e place du général et obtient la troisième place du Grand Prix de la montagnecite-ref-66[Note 12].

Saison 1949

Comme la saison précédente, Jean Robic commence l'année 1949 par sa participation à des cyclo-crosscite-ref-ap67-67-0[55]. Il obtient une quatrième place au championnat de France remporté par Rondeauxcite-ref-ap67-67-1[55]. À L'International organisé au plateau de Gravelle, Rondeaux remporte l'épreuve, son échappée étant protégée par Oubron, Ramoulux. Robic termine à la seconde place et participe ainsi à l'obtention du challenge par équipes (équipe de France)cite-ref-ap67-67-2[55]. La saison de cyclo-cross terminée, Robic remporte la course de côte de Saint-Sébastien, le 20 mars. Il enchaîne comme l'année passée par une victoire à la course de côte du mont Faroncite-ref-68[Note 13]cite-ref-ap68-69-0[56]. Il participe ensuite au Tour du Maroc sur lequel il est contraint à l'abandoncite-ref-ap68-69-1[56]. Il obtient ensuite la seconde place de la coupe Marcel-Vergeat (Grand Prix de l'industrie du cycle disputé à Saint-Étienne) puis du Grand Prix du pneumatique, se classant derrière Camille Danguillaumecite-ref-ap68-69-2[56]. Il participe ensuite (sous les couleurs de Riva Sport) au Critérium du Dauphiné libéré, dont l'enjeu pour lui, est d'obtenir une place en équipe de France sur le Tour de Francecite-ref-ap69-70-0[57] : il se classe finalement second au général, second au classement du meilleur grimpeur (derrière José Serra Gil) et remporte avec Riva Sport, le challenge par équipescite-ref-ap69-70-1[57].

Malgré ses bons résultats sur le Dauphiné, il n'obtient pas de place en équipe nationale, « pour des raisons d'affinité, ou plutôt d'absence d'affinité », selon le journaliste Pierre Chanycite-ref-71[58]. Il court donc le Tour 1949, sous les couleurs d'une équipe régionale, « Ouest - Nord »cite-ref-ap69-70-2[57]. Il y retrouve Éloi Tassin ou encore Jean-Marie Goasmat, ses équipiers de l'équipe de l'Ouest lors du Tour 1947. Il entame ce Tour de France 1949 par une sixième place lors de la première étape entre Paris et Reimscite-ref-ap70-72-0[59]. Ce début de Tour voit le public soutenir intensément Robic :

« Place du Palais-Royal ce fut déjà du délire, mais à Reims, quand Robic déboucha du tunnel, une ovation monstre monta vers lui. »

Paris-Soir, juillet 1949cite-ref-ap70-72-1[59].

D'un point de vue sportif, la suite de la compétition est plus délicate pour Robic : à Saint-Malo (au soir de la cinquième étape), il pointe déjà à la quinzième place du général à vingt-six minutes du maillot jaune Marinellicite-ref-ap70-72-2[59]. Le contre-la-montre de la septième étape, entre Les Sables-d'Olonne et La Rochelle, remporté par Fausto Coppi accroit encore le retard de Robic. Il se doit donc de tenter quelque chose dans la montagne et attaque donc lors de la onzième étape entre Pau et Luchon. Il franchit en tête le passage du col de Peyresourde (comme en 1947 et en 1948) juste devant Lucien Lazaridès, Fausto Coppi arrive ensuite avec un peu plus d'une minute de retardcite-ref-ap73-73-0[60]. Les écarts sont les mêmes à Luchon : Lucien Lazaridès est battu au sprint et Coppi finit à environ une minutecite-ref-ap73-73-1[60]. Si Robic revient assez peu sur Coppi, il fait toutefois un bond au classement général. En effet, il passe dixième à 14 minutes et 54 secondes du maillot jaune Fiorenzo Magnicite-ref-ap73-73-2[60]. Le passage des Alpes est le théâtre d'une incontestable domination italienne, conduite par Coppi et Bartali, ce dernier s'adjugeant la seizième étape et Coppi la suivante, celle qui arrivait à Aoste en Italie. Au cours de cette étape, Robic est quelque peu pris en grippe par le public italiencite-ref-ap74-74-0[61], sans doute à cause de déclarations intempestives sur ses rivaux italiens dont la plus célèbre est : « Moi tout seul, je corrigerai Coppi et Bartali »cite-ref-ap74-74-1[61]cite-ref-75[62]. Néanmoins, à Aoste, Coppi apprenant que le passage de Robic fut ponctué de sifflets, marque sa désapprobation, au cours d'un entretien avec la pressecite-ref-ap74-74-2[61]. À Aoste, Robic est cinquième au général à environ vingt minutes de Coppi qui vient de prendre le maillot jaunecite-ref-ap74-74-3[61]. À l'arrivée à Paris, Robic a gagné une place et finit ainsi quatrième du général ; son équipe Ouest - Nord termine seconde au classement par équipes, devant l'équipe de France, quatrièmecite-ref-ap76-76-0[63] ; comme en 1948, il termine troisième du classement de la montagne.

Saison 1950, champion du monde de cyclo-cross

Robic participe d'abord au cyclo-cross du Buc (organisé près de Versailles) : victime d'une chute, il n'y fait pas (comme en 1947cite-ref-77[64]) de résultatcite-ref-ap77-78-0[65]. Fin janvier, il remporte pour la quatrième fois le cyclo-cross de Montreuilcite-ref-ap77-78-1[65]. À cause d'une crevaison, il ne brille pas à la dernière épreuve qualificative pour le championnat de France, le cyclo-cross de Puteauxcite-ref-ap78-79-0[66]. Il se retrouve donc privé de championnat national : il concentre donc sa préparation sur la nouvelle épreuve internationale, le championnat du monde de cyclo-cross qui remplace officiellement le critérium international de cyclo-cross. La première édition de cette nouvelle épreuve, se déroule au plateau de Gravelle, comme la dernière édition de L'International en 1949cite-ref-ap78-79-1[66]. Si Jodet domine le début de la course, il est rapidement repris et distancé par Robic et Rondeaux. Au sprint Robic l'emporte sur Rondeaux ; Jodet et Meunier finissent respectivement troisième et quatrième complétant la domination française sur ce premier championnat du monde de la spécialitécite-ref-ap78-79-2[66]. Jean Robic remporte également la Revanche du Championnat du mondecite-ref-palmar-s-11-15[8]. Les débuts de sa saison sur route vont être par contre plus compliqués : il abandonne sur la course de côte du mont Faron (pourtant remportée en 1948 et 1949) puis sur Paris-Roubaixcite-ref-ap78-79-3[66]. Pour la première fois de sa carrière, il a alors la possibilité d'aller courir en Italie où il s'aligne d'abord sur Rome-Naples-Romecite-ref-ap78-79-4[66] (qui n'avait plus été courue depuis 1934) puis sur le Tour d'Italie 1950. Sur Rome-Naples-Rome, il remporte deux étapes et le classement général final devant Coppi et Bobetcite-ref-ap79-80-0[67]. Avant le départ, du Giro, il participe au Tour de Romandie sur lequel il se classe septième au général et quatrième du Grand Prix de la montagne (remporté par Robert Bonnaventure)cite-ref-ap80-81-0[68]. Pour ce Giro, Robic dépend de l'équipe « Viscontea-Ursus » composée essentiellement d'Italiens et dont le leader est Gaetano Bellonicite-ref-ap80-81-1[68]. Il apprend peu avant le départ, qu'il ne fera pas partie (une nouvelle fois) de l'équipe de France sur le Tour de France 1950cite-ref-ap80-81-2[68]. Blessé à la suite d'une chute, dans la douzième étape Ferrare - Rimini, il abandonne lors de l'étape suivantecite-ref-ap84-82-0[69]. Il s'aligne alors sur le Critérium du Dauphiné Libérécite-ref-ap84-82-1[69] ; il y remporte la quatrième étape Gap - Aix-les-Bains mais abandonne lors de la dernière étapecite-ref-ap85-83-0[70] alors qu'il est encore troisième au général.

Le début du Tour voit une réelle domination de l'équipe italienne : cinq victoires italiennes dans les dix premières étapes. Dans l'étape suivante entre Pau et Saint-Gaudens, Robic décide d'attaquer dans l'ascension du col d'Aubisque qu'il passe seul en tête, devançant Ferdi Kübler, futur vainqueur de l'épreuve, de deux minutescite-ref-ap89-84-0[71]. Il chute dans la descente, puis crève et se fait dépasser par plusieurs coureurscite-ref-ap90-85-0[72]. Il fait alors l'effort pour rejoindre le trio Bartali, Bobet et Ockers, les rejoignant dans l'ascension du Tourmalet, qu'il franchit en seconde positioncite-ref-ap90-85-1[72] derrière Kléber Piot. Mais dans la descente, il accumule à nouveau du retard à cause d'un problème mécanique puis d'une crevaisoncite-ref-ap90-85-2[72] ; là encore, il parvient à refaire son retard dans la montée du col d'Aspincite-ref-ap90-85-3[72]. La proximité entre Bobet, Bartali et Robic ainsi qu'avec une moto de la caravane provoque la chute de Robic et de Bartalicite-ref-ap90-85-4[72]. Bartali repart assez rapidementcite-ref-ap90-85-5[72], Robic égalementcite-ref-ap90-85-6[72] mais avec sa roue arrière endommagée, le dérailleur cassé et un frein inopérantcite-ref-ap90-85-7[72]. Il limite toutefois « la casse » en finissant à quatre minutes et dix-neuf secondes de Bartalicite-ref-ap92-86-0[73] (vainqueur de l'étape) ; il est alors treizième au général à onze minutes du maillot jaunecite-ref-ap92-86-1[73]. C'est alors que Bartali annonce qu'il a été brutalement pris à partie dans la montée du col d'Aspin car on lui attribuait la responsabilité de la chute de Robiccite-ref-ap92-86-2[73] : l'équipe italienne ainsi que celle des cadets italiens décident de quitter le Tourcite-ref-ap92-86-3[73]cite-ref-87[74] alors même que Fiorenzo Magni est maillot jaune. La course continue malgré tout et dans les Alpes, Robic obtient une quatrième place lors de la 16e étape entre Menton et Nicecite-ref-ap94-88-0[75]cite-ref-89[Note 14], durant laquelle il passe en tête plusieurs cols dont celui de Turinicite-ref-ap94-88-1[75]. Il est alors quatrième au général à 11 min 48 s de Küblercite-ref-ap94-88-2[75]. Par la suite il est victime d'incidents mécaniques entre Gap et Briançon puis d'une entérite qui se déclare lors de l'étape entre Briançon et Saint-Étiennecite-ref-ap96-90-0[76]. Robic semble tout près d'abandonnercite-ref-ap99-91-0[77] ; Jacques Goddet réussit toutefois à le convaincre de poursuivre jusqu'au Parc des Princes où son public l'attendcite-ref-ap99-91-1[77]. Robic parvient à s'accrocher jusqu'à Paris : il finit douzième au général et troisième au classement des grimpeurscite-ref-ap100-92-0[78].

Saison 1951

Contrairement aux saisons précédentes, Robic délaisse le cyclo-cross pour commencer sa saison sur la piste en participant aux Six jours de Pariscite-ref-ap101-93-0[79]. Ses premières sorties sur route ne sont guère concluantes : il abandonne sur Paris-Côte d'Azurcite-ref-94[Note 15] et il chute sur le Critérium nationalcite-ref-ap101-93-1[79]. Après avoir participé à Milan-San Remo puis à Rome-Naples-Rome (sur laquelle il se classe 13ecite-ref-ap102-95-0[80]), il obtient la troisième place de la Flèche wallonnecite-ref-ap102-95-1[80] (derrière Kübler et Bartali), puis le lendemain, la cinquième place à Liège-Bastogne-Liègecite-ref-ap102-95-2[80]. Les résultats cumulés de ces deux classiques ardennaises lui permettent de prendre la seconde place du Week-end ardennais, derrière Küblercite-ref-ap102-95-3[80]. Il remporte sa première victoire de la saison lors de la troisième étape Orange - Avignon du Tour du Sud-Estcite-ref-ap102-95-4[80], il se classe second au général derrière Robert Bonnaventurecite-ref-ap103-96-0[81]. Il obtient par la suite une septième place sur Bordeaux-Paris et une neuvième place au Prix du pneumatiquecite-ref-ap103-96-1[81]. Sur le Critérium du Dauphiné libéré, il abandonne au cours de la troisième étapecite-ref-ap103-96-2[81]. Concernant le Tour de France, il n'est pas retenu (comme l'année précédente) en équipe de France et c'est avec l'équipe de Paris, sous la direction technique de Jean Maréchal, qu'il s'apprête à courir l'édition 1951cite-ref-ap103-96-3[81]. Sur ce Tour et pour la première fois, Robic voit s'éloigner rapidement toute chance de remporter l'épreuve : à l'issue de la septième étape en contre-la-montre entre La Guerche-de-Bretagne et Angers, il possède une vingtaine de minutes de retard au général et est classé 71ecite-ref-ap105-97-0[82]. À Luchon (quatorzième étape), il est 39e du général à quarante minutes d'Hugo Kobletcite-ref-ap105-97-1[82]. Lors de la vingt-et-unième étape entre Briançon et Aix-les-Bains, il se classe secondcite-ref-ap107-98-0[83] derrière Bernardo Ruiz. C'est son seul coup d'éclat de ce Tour, qu'il termine 27e au classement généralcite-ref-ap107-98-1[83].

Saison 1952

Pour la saison 1952, Robic quitte l'équipe « Automoto » qui était son équipe principale en 1951cite-ref-99[Note 16] pour rejoindre l'équipe « Colomb »cite-ref-100[Note 17]cite-ref-ap111-101-0[84]. Il gagne deux étapes sur Rome-Naples-Rome et obtient la troisième place du classement généralcite-ref-ap111-101-1[84]. Dans la foulée, il remporte le Tour de Haute-Savoie puis trois jours plus tard, la Polymultipliéecite-ref-ap111-101-2[84]. Comme la saison précédente, il se classe second du Week-end ardennais, après avoir terminé 10e de la Flèche wallonne puis troisième de Liège-Bastogne-Liègecite-ref-ap113-102-0[85]. Le 18 mai, il est second du Prix du pneumatiquecite-ref-ap113-102-1[85] derrière Maurice Diot. En juin, il court le Tour de Suisse juste avant de courir le Tour de France qui part le 25, de Brestcite-ref-ap116-103-0[86].

Contrairement à l'année précédente et seulement pour la seconde fois, il court sous les couleurs de l'équipe de Francecite-ref-ap116-103-1[86] (dirigée par Marcel Bidot). Dans celle-ci, si Raphaël Géminiani (second en 1951) est présent, Louison Bobet est absent pour raisons médicalescite-ref-ap118-104-0[87]. Dès la cinquième étape, les Italiens, notamment Coppi, marquent leur territoire : si Jean Diederich gagne l'étape, Coppi, second, prend du temps à tous ses concurrents et notamment à Robic (11e de l'étape à quatre minutes) et à Nello Lauredi, 14e de l'étape, dans le même temps que Robic. Nello Lauredi conserve toutefois son maillot jaune pour une secondecite-ref-ap119-105-0[88]. Lors de la septième étape Metz - Nancy en contre-la-montre, Coppi accroît encore son avance sur Robic qui termine 39e de l'étape à quatre minutes du « campionissimo »cite-ref-ap119-105-1[88]. Au soir de la huitième étape à Mulhouse, Robic pointe à plus de vingt minutes du maillot jaune Fiorenzo Magnicite-ref-ap119-105-2[88]. Coppi « écrase » ce Tour 1952 en remportant successivement l'étape de L'Alpe d'Huez puis, au lendemain de la première journée de repos, la onzième étape se terminant à Sestrières. Sur la dixième étape, Robic résiste plutôt bien à Coppi : il est second à L'Alpe d'Huez à 1 min 20 s de Coppicite-ref-ap120-106-0[89]. Par contre dans la onzième étape, il est victime d'un incident mécanique dont il reproche les conséquences à Marcel Bidotcite-ref-ap122-107-0[90]. En effet, celui-ci ne l'avait pas suivi préférant se concentrer sur l'assistance de Laurédicite-ref-ap122-107-1[90]. Maurice Vidal dans Miroir Sprint, raconte ainsi ce différend :

« Il semble que Marcel Bidot ait commis une erreur d’appréciation. Certes Laurédi était ce matin encore le leader français, mais le directeur technique des Tricolores savait qu'il se trouvait à plus de vingt minutes de Coppi en fin de journée, alors que Robic revenu de l'arrière, dans le Galibier, remontait tout le monde, sauf Coppi évidemmentcite-ref-ap122-107-2[90]. »

— Marcel Vidal, Miroir Sprint, juillet 1952.

Entre Sestrières et Monaco, Robic franchit seul le col de Tende, devançant Coppi ; mais il est repris par la suite par Jan Nolten puis par d'autres coureurscite-ref-ap125-108-0[91]. Robic finit l'étape en septième position et remonte à la huitième place du généralcite-ref-ap125-108-1[91]. le 9 juillet 1952, pour la 14e étape, l'équipe de France passe à l'offensive : Raphaël Géminiani d'abord, puis Robic qui le rejoint et le dépasse dans l'ascension du Mont Ventouxcite-ref-ap127-109-0[92] (par le versant sud, une première). Robic passe seul en tête le Ventoux et s'en va remporter la victoire d'étape à Avignoncite-ref-ap127-109-1[92]. Les Pyrénées puis l'étape du Puy de Dôme confirment la nette domination de Coppi. Robic est alors troisième au général à 2 min 16 s du second Ockerscite-ref-ap130-110-0[93] ; mais l'avant-dernière étape qui se court en contre-la-montre (entre Clermont-Ferrand et Vichy) n'est pas fait pour l'avantager alors même qu'Ockers est plutôt un spécialistecite-ref-ap130-110-1[93]. En effet, sur ce contre-la-montre, Robic finit 38e, perd cinq minutes sur Ockers et rétrograde à la cinquième place du généralcite-ref-ap132-111-0[94] (devancé par Bernardo Ruiz et par Gino Bartali), classement qu'il conserve jusqu'à Paris. Coppi lui rend toutefois hommage ainsi : « En 1949, je n'ai trouvé qu'un seul Français sur ma route, c'était Jean Robic. En 1952, c'est encore lui qui m'a porté les coups les plus durscite-ref-ap132-111-1[94]. »

Robic obtient quelques bons résultats au cours de la fin de saison et remporte notamment le Bol d'or des Monédièrescite-ref-ap133-112-0[95]. Il court également le championnat du monde sur route, épreuve sur laquelle il se classe 10ecite-ref-nl-113-0[96]. Enfin, il termine cinquième du Challenge Desgrange-Colombocite-ref-ap133-112-1[95] (qui constitue une sorte de coupe du monde aux points sur l'ensemble de la saison).

Saison 1953, le maillot jaune sur le Tour

Lors de la saison 1953, l'équipe principale de Robic est à nouveau « Colomb-Manera »cite-ref-ap135-114-0[97]. Sa saison débute par Paris-Côte d’Azur sur lequel il obtient une troisième place au sprint de la dernière étape et la huitième place au général finalcite-ref-ap136-115-0[98]. Sur Milan-San Remo, il est septième et premier Français à 21 s du vainqueur Loretto Petruccicite-ref-ap136-115-1[98] (qui fait là le doublé, après sa victoire en 1952). Dans la course de côte du mont Faron, il prend la seconde place derrière Jean Dottocite-ref-ap136-115-2[98] qui remporte l'épreuve pour la troisième fois consécutive. Il enchaîne alors avec une autre course de côte, la Polymultipliée (qu'il a gagné en 1952), et sur laquelle il se classe sixièmecite-ref-ap136-115-3[98]. Sur le Critérium du Dauphiné libéré, il intègre l'équipe « Paris-Province »cite-ref-ap137-116-0[99] : il est troisième de la troisième étape (Valence-Avignon), deuxième de la cinquième étape (Uriage-Val-d'Isère) et finalement troisième au généralcite-ref-ap137-116-1[99]. Malgré cela, il n'est pas retenu en équipe de France pour le Tour 1953cite-ref-ap137-116-2[99] au grand étonnement d'observateurs dont notamment Albert Baker d'Isy qui écrit dans Miroir Sprint :

« Sur sa forme actuelle comme sur son passé, Robic avait sa place théorique dans cette équipe de France. Qu'elle lui soit refusée pour des raisons d'incompatibilité d'humeur, c'est admissible, mais il est déplorable de voir le meilleur Français du Tour 52 devenir l'ennemi public des sélectionnés tricolorescite-ref-ap137-116-3[99]. »


Avant de s'aligner sur le Tour avec l'équipe de l'Ouest, il termine cinquième au championnat de France de cyclisme sur routecite-ref-ap138-117-0[100], disputé sur le circuit de la coupe Marcel-Vergeat à Saint-Étienne. Les premières étapes du Tour 1953, lui permettent de creuser quelques écarts avec les principaux favoriscite-ref-ap143-118-0[101]. Ainsi au soir de la seconde étape à Liège, il a déjà cinq minutes d'avance sur Géminiani et plus de six sur Bartali, Bobet et Kobletcite-ref-ap143-118-1[101]. Lors de la cinquième étape, Jean Malléjac, l'équipier de Robic, remporte la coursecite-ref-ap147-119-0[102]. Robic termine troisième de la neuvième étape entre Bordeaux et Paucite-ref-ap147-119-1[102]. C'est le soir de cette neuvième étape que Robic et Le Calvez imaginent l'objet qui devait lui permettre de limiter le temps généralement perdu dans les descentes du fait de sa corpulencecite-ref-bidon-120-0[103] : un bidon d'aluminium rempli de plombcite-ref-ap148-121-0[104] dont la masse atteindrait près de 10 kgcite-ref-bidon-120-1[103]cite-ref-union-122-0[105]. L'idée est que ce bidon serait transmis à Robic en haut des cols et repris ensuitecite-ref-bidon-120-2[103], en bas des descentes. Lors de la dixième étape Pau - Cauterets, Robic fait second derrière Jesús Loroño, devient maillot vert (nouveauté du Tour 1953) et est quatrième du général à 5 min 30 s de Fritz Schaer, alors même que l'un des grands favoris, Koblet, chute au cours de l'étape et est de ce fait amoindricite-ref-ap150-123-0[106]. Au soir de la dixième étape, à Cauterets, Le Calvez fabrique le bidon factice avec l'aide d'un forgeron localcite-ref-ap150-123-1[106]. À la fin de l'ascension du col du Tourmalet (que Robic passe en tête), Le Calvez parvient via un mécanicien (complice) à transmettre le bidon à Robiccite-ref-ap152-124-0[107] qui amorçant puis descendant le Tourmalet, est heurté par un motard, ce qui provoque sa chute ainsi que celle du bidoncite-ref-ap152-124-1[107]. Robic, délaisse son vélo pour tenter d'attraper le bidon, finalement récupéré par Le Calvezcite-ref-ap152-124-2[107]. La scène semble étrange pour les témoins, dont Félix Lévitan, qui la retranscrit ainsi dans Miroir Sprint :

« Le bonhomme est tombé [...] et il a perdu dans la dégringolade un bidon de nourriture liquide écrasé par une voiture suiveuse. Il en est sorti les genoux couronnés mais [...] ce qui comptait par-dessus tout, c'était son bidon. Il en pleurait, tandis qu'on le remettait en selle : « Mon bidon... Mon bidon... »cite-ref-ap152-124-3[107] »

— Félix Lévitan, Miroir Sprint, juillet 1953.

Cette tentative de tricherie est révélée après le Tour par Le Calvez, dans un entretien paru dans Ouest-Francecite-ref-bidon-120-3[103]. Dans l'étape elle-même, Robic poursuit son effort et finit seul à Luchon, remportant l'étape et endossant le maillot jaune pour dix-huit secondes d'avance sur Fritz Schaercite-ref-ap154-125-0[108]. C'est le second maillot jaune de sa carrière (après celui de 1947) mais le premier qu'il va porter en course, le lendemain, au cours de l'étape Luchon - Albi. Se sachant sous surveillance des ténors de l'équipe de France et voulant utiliser les bonnes positions au général de ses coéquipiers de l'équipe de l'Ouest, il incite Jean Malléjac et surtout François Mahé (qui est alors septième à moins de douze minutes) à attaquer le lendemaincite-ref-ap155-126-0[109]. Son plan consiste alors à monopoliser l'attention des coureurs de l'équipe de France et à ne surtout pas bouger du peloton ; si dans le même temps Mahé pouvait creuser suffisamment l'écart, il pourrait lui transmettre ce maillot jaune qui va contraindre sa liberté d'actioncite-ref-ap155-126-1[109]. Lors de la douzième étape, le plan de Robic fonctionne parfaitement : non seulement Mahé et Malléjac sont dans l'échappée mais également Joseph Morvan et Roger Pontet de l'équipe de l'Ouestcite-ref-ap155-126-2[109]. À l'arrivée Mahé prend le maillot jaune, Robic est quatrième à 8 min 50 s mais le leader de l'équipe de France, Louison Bobet est relégué 13e au général à 18 min 2 scite-ref-ap158-127-0[110]. Lors de l'étape suivante, c'est l'équipe de France qui, en représailles, passe à l'offensive : un groupe s'échappe incluant notamment Bobet et Géminiani et dans lequel Malléjac parvient à s'immiscercite-ref-ap158-127-1[110]. C'est alors que Robic (toujours porteur du maillot vert) alors à environ 7 minutes du premier groupe, chute lourdement dans la descente du col de Fauredoncite-ref-ap159-128-0[111]. S'il parvient à repartir, il est tout de même très diminué et parvient à Béziers avec quarante-cinq minutes de retard sur le vainqueur Lauredicite-ref-ap159-128-1[111]. Robic est contraint à l'abandon et est non-partant le lendemain (alors même que Malléjac est maillot jaune). Finalement, Malléjac est deuxième de ce Tour et Mahé neuvième. La fin de saison de Robic aurait dû le voir participer une nouvelle fois au championnat du monde sur route à Luganocite-ref-ap160-129-0[112] : or la veille de l'épreuve, alors que toute l'équipe de France est déjà réunie sur place, Jean Robic n'est toujours pas arrivé. Il n'arrive à l'hôtel de l'équipe qu'à 23 h ce qui provoque la colère de Marcel Bidot qui lui préfère finalement André Darrigade qui termine 17e de l'épreuvecite-ref-130[113].

Les dernières saisons : 1954 à 1961

En 1954, Robic change d'équipe (Colomb cessant l'activité de son équipe cycliste) et intègre l'équipe Terrotcite-ref-ap163-131-0[114]. Après une neuvième place à la course de côte du mont Faron, il obtient une 13e place au général de Paris-Côte d’Azur. Il termine alors second de la Polymultipliée qu'il avait remportée en 1952cite-ref-ap164-132-0[115]. Sur le Critérium du Dauphiné libéré, il signe la troisième place de la sixième étape remportée par Charly Gaul à Besançoncite-ref-ap165-133-0[116]. Robic participe alors au Tour au sein de l'équipe de l'Ouest. À la suite de la première section de la quatrième étape courue en contre-la-montre par équipes sur le circuit des Essarts, Robic est sixième au général à 1 min 26 s de Bobetcite-ref-ap169-134-0[117] ; l'équipe de l'Ouest s'étant classée troisième du contre-la-montre derrière la Suisse et la Francecite-ref-ap169-134-1[117]. L'après-midi, l'arrivée est donnée à Caen : alors que Robic s'apprête à disputer le sprint du peloton, il percute un opérateur de prise de vue (Jean Forgue) situé sur le bord de la chausséecite-ref-ap169-134-2[117]. Fiévreux et sérieusement blessé à l'épaule, Robic est non-partant le lendemaincite-ref-ap171-135-0[118]. Après le Tour, Robic participe au Tour de l'Ouest, sur lequel il abandonnecite-ref-ap172-136-0[119]. Au championnat du monde sur route, il finit 14ecite-ref-ap174-137-0[120]cite-ref-nl-113-1[96]. Fin 1954, Robic lance sa propre marque de cycles nommée « Jean Robic »cite-ref-ap174-137-1[120], une sous-marque de l'équipe Gitane.

En 1955, Robic intègre donc l'équipe Gitane-Hutchinson. Il participe à quelques compétitions sans toutefois obtenir de résultats hormis une 10e au général du Midi librecite-ref-palmar-s-11-16[8] et une seconde place (derrière Bobet) sur la cinquième étape du Critérium du Dauphiné libéré arrivant à Gapcite-ref-ap178-138-0[121]. Sur le Tour de France 1955, il intègre pour la cinquième et dernière fois, l'équipe de l'Ouestcite-ref-ap178-138-1[121]. Lors de la septième étape Zurich - Thonon-les-Bains, il est heurté (avec d'autres coureurs) par une voiture suiveuse ; il chute sur son épaule blessée l'année précédentecite-ref-ap179-139-0[122]. Le réveil de cette blessure le conduit à abandonner durant la dixième étapecite-ref-ap181-140-0[123].

Lors de la saison 1956, il obtient une huitième place au critérium national, une neuvième place à Paris-Roubaix ainsi qu'une 15e place sur Paris-Bruxellescite-ref-ap187-141-0[124]. Alors qu'il prépare Bordeaux-Paris avec des coéquipiers, à Rambouillet, Robic est violemment heurté par une voiturecite-ref-ap188-142-0[125] : il est sérieusement blessé au front et est fracturé à un fémur, à une main ainsi qu'au nezcite-ref-ap188-142-1[125]. Le reste de sa saison, au cours de laquelle il n'est évidemment pas présent sur le Tour, est consacré à sa convalescence.

À partir de 1956, Jean Robic se consacre à sa nouvelle profession de restaurateur dans sa brasserie située avenue du Maine à Pariscite-ref-ap191-143-0[126] ; il ne court donc que de façon éparse. Néanmoins en 1959, il revient de manière plus intense au cyclisme et obtient une quatrième place à Montpellier-Sète-Béziers ainsi qu'une neuvième place finale au Tour de Corrèzecite-ref-ap191-143-1[126]. Il participe au Dauphiné libéré sur lequel il finit 45e au généralcite-ref-ap192-144-0[127]. Ce résultat plutôt modeste, adjoint à sa notoriété, suffit à convaincre Jean Mazier, patron de l'équipe « Paris Nord-Ouest », de l'intégrer dans l'équipe pour le Tour de France 1959cite-ref-ap192-144-1[127]. Lors de la troisième étape Namur - Roubaix, il chute avec Robinson, Suárez, son équipier de chez Paris Nord-Ouest Meneghini et Bobetcite-ref-ap195-145-0[128]. Robic s'en sort avec une main fracturée et poursuit le Tour avec un plâtrecite-ref-ap197-146-0[129]. Au soir, de la dixième étape, l'équipe de Robic voit l'un de ses membres, Michel Vermeulin, endosser le maillot jaune. Lors de la 20e étape Annecy - Chalon-sur-Saône, Robic est peu à peu décroché du peloton qui arrive finalement 21 minutes après le vainqueur Robinsoncite-ref-ap203-147-0[130]. Robic parvient à Chalon-sur-Saône, treize minutes après la fin du délai prévucite-ref-ap203-147-1[130]. Il est donc éliminé.

Jusqu'à fin 1961 (à 40 ans passés), Robic continue de s'aligner sur des courses en ligne ainsi que sur des cyclo-crosscite-ref-ap205-148-0[131]. En 1960, il remporte le critérium d'Athis-Monscite-ref-palmar-s-11-17[8]. Le 31 décembre 1961, il participe à sa dernière course : le cyclo-cross de Damblainville-Falaisecite-ref-palmar-s-11-18[8]. Il était parvenu cette même année, à remporter celui de Brest-Keredoncite-ref-palmar-s-11-19[8].

Vie privée, après-cyclisme et circonstances de la mort

Jean Robic se marie le 21 juin 1947 à la mairie du 14e arrondissement avec Raymonde Corniccite-ref-ap25-36-2[27]. Ensemble, ils auront trois enfants : Jean-Loup (né en 1948 et dont le parrain est Roger Rondeauxcite-ref-ap50-57-6[47]), Alain (né en 1949) et Christine (née en 1952)cite-ref-149[132].

Avant même la fin de sa carrière cycliste (à partir du milieu des années 1950), Jean Robic tient une brasserie à Pariscite-ref-ap191-143-2[126]. Après sa carrière, ses affaires périclitent ; de plus, il divorce de Raymonde Corniccite-ref-lib-150-0[133]. Durant cette période, il reçoit l'aide de l'ancien cycliste Eugène Letendre qui lui trouve du travailcite-ref-lib-150-1[133]. Peu de temps avant sa mort, Jean Robic vit assez modestement dans un meublé à Montparnasse (le Keramor)cite-ref-lib-150-2[133]. Durant la période précédant sa mort, il est domicilié au 68 rue Didotcite-ref-la-marne-151-0[134].

Le 5 octobre 1980, Jean Robic participe à une réunion d'anciens cyclistes, à l'hôtel-restaurant « Le Gonfalon » à Germigny-l'Évêquecite-ref-lib-150-3[133]. Cette journée, organisée par Joop Zoetemelkcite-ref-152[Note 18], le beau-père de ce dernier, ainsi que par Eugène Letendrecite-ref-lib-150-4[133], commence par une « gentlemen » nommée la « course des anciens de la petite reine »cite-ref-la-marne-151-1[134] de 30 à 40 kilomètrescite-ref-153[Note 19] (à laquelle Robic participe) et est suivie d'un repas festifcite-ref-lib-150-5[133]. Au cours de la soirée, Jean Robic, qui était venu accompagné, trouve sa cavalière dans les bras d'un autre champion cycliste, présent ce soir-làcite-ref-lib-150-6[133]. Jean Robic, en colère, décide alors de quitter les lieux ; Apo Lazaridès et René Vietto essaient d'abord de l'en dissuadercite-ref-lib-150-7[133]. Après une petite échauffourée, Robic récupère ses clés de voiture et parvient à convaincre Lianor Sanier (l'épouse de Robert Sanier, un ancien cyclistecite-ref-154[135]) de l'accompagner jusqu'à Pariscite-ref-156[Note 20]. Vers 3 heures 30 du matin, l'Audi 100cite-ref-union-122-1[105] conduite par Jean Robic, roulant à environ 55 km/h, percute la remorque d'un camion sur la même voiecite-ref-la-marne-151-2[134], à proximité de Claye-Souilly et s'encastre sous l'arrière du camioncite-ref-lib-150-8[133]cite-ref-ap208-157-0[137]cite-ref-union-122-2[105], tuant sur le coup Lianor Sanier et Jean Robic. Les premiers éléments de l'enquête font état de la possibilité d'un endormissement de Jean Robic au volant de son automobile, car il n'y avait aucune trace de freinage sur la chausséecite-ref-158[138]. Par ailleurs, il est attesté que la soirée fut particulièrement « arrosée », et tout indique que Robic ait eu ce soir-là une forte consommation d'alcoolcite-ref-union-122-3[105]cite-ref-lib-150-9[133].

Jean Robic est enterré à Wissouscite-ref-159[139] dans l'Essonne, ville dans laquelle il a habité et où une allée porte son nom.

Hommages, postérité

Dans la mairie de Radenac, une salle a été transformée en musée consacré à la vie de Jean Robic. Il y a également une rue Jean-Robic, à Radenac. On trouve une allée Jean-Robic à Wissous (où il est inhumé) et à Limoges ; une rue nantaise porte le nom de Jean Robic. Il y a une place Jean-Robic, à Vouziers, où il est né. Enfin, une allée Jean-Robic existe à Neuilly-Plaisance.

À la suite de sa victoire au Tour de France 1947, Jean Robic fit don de son maillot jaune à la basilique Sainte-Anne d'Auray : il est exposé dans le « trésor » de la basiliquecite-ref-160[140]. En 2011, le « trésor » de la basilique fut partiellement volé ; toutefois, le maillot jaune de Jean Robic ne fut pas dérobécite-ref-161[141].

Une course cyclotouriste, la « Robic - Côte de Bonsecours » est organisée chaque année à Bonsecourscite-ref-162[142]. Son attaque dans la côte de Bonsecours, lors de l'ultime étape du Tour 1947, y est ainsi commémorée. À noter la présence d'une stèle érigée le 22 octobre 2000cite-ref-163[143] et située Côte de Bonsecours, rendant également hommage à Jean Robiccite-ref-164[144] ; le départ de la 5e étape du Tour de France 2012 a été donné au pied de cette stèle.

Une course régionale, le Grand Prix Jean-Robic, est organisée chaque année, à Radenaccite-ref-165[145]. Enfin, une initiative de la communauté de communes du pays de Pontivy, destinée à développer le tourisme sportif, a été nommée « Les circuits Jean-Robic »cite-ref-166[146].

Jean Robic est détenteur du titre de Gloire du sportcite-ref-gloire-167-0[147]. À ce titre, il y a une plaque au nom de Jean Robic, au Stade Pierre-de-Coubertincite-ref-gloire-167-1[147].

À Carhaix-Plouguer (Finistère), la ville a décidé en 2016, dans un but de développement artistique, culturel et touristique, de créer un panthéon des Bretons les plus populaires. Pour ce projet, elle passe commande d'une statue représentant les « 4 As bretons du vélo » — Louison Bobet, Bernard Hinault, Lucien Petit-Breton et Jean Robic —, tous les quatre anciens vainqueurs du Tour de France, et cela auprès de la sculptrice Annick Leroy. Cette œuvre artistique a été dévoilée le 2 juillet 2018, en présence de Bernard Hinaultcite-ref-168[148].

Caractéristiques et postérité

Jean Robic est de petite taille (1,57 mètrecite-ref-lib-150-10[133]). Il est également pourvu d'un physique que certains commentateurs pouvaient qualifier de disgracieux. Par exemple, le journaliste Jean-Paul Ollivier précise que « Robic était un homme laid » ce qui ne l'a pas empêché de « gagner le plus beau Tour, celui de la Libération »cite-ref-lib-150-11[133] ni « d'épouser la plus belle fille de Montparnasse, Raymonde Cornic »cite-ref-lib-150-12[133]. La combinaison de ces deux considérations (assez subjectives) se retrouve dans un surnom tel que « Le nain jaune »cite-ref-lib-150-13[133], allusion à un jeu de carte, ou dans l'usage de terminologie telle que « Lutin ». On trouve là un ressort fréquent dans le traitement éditorial de la soif de victoire de Jean Robic : la revanche sur le sort. C'est par exemple, l'angle choisi par Pierre Chany dans la nécrologie de Robic, publié en 1980 dans L'Équipe : « Il était venu au cyclisme pour combattre l'humiliante ironie de ses petits copains de Radenaccite-ref-lib-150-14[133]. »

Au sein du peloton, son mauvais caractère et sa propension à se plaindre, à se vanter, ainsi qu'à « aboyer » après chaque injustice réelle ou supposée, lui valent quelques quolibets émis par certains coureurs ainsi qu'un surnom péjoratif inventé par Éloi Tassincite-ref-ap19-31-4[23] : « Robiquet » ; ce surnom deviendra simplement « Biquet », par la suitecite-ref-ap19-31-5[23].

Jean-Paul Ollivier le décrit comme « le petit qui n'a pas peur des gros » ou encore « le râleur au grand cœur qui sait élever la voix quand il faut » aux yeux du grand publiccite-ref-ap206-169-0[149]. Face à l'élégance des champions de l'époque, Louison Bobet ou encore Fausto Coppi, Robic oppose sa hargne et son abnégation. Jean-Paul Ollivier précise :

« Il [...] ne pouvait échapper au manichéisme qui réclame impérativement des bons et des mauvais. Il serait donc le mauvais face à Louison Bobet, le premier de la classecite-ref-ap206-169-1[149]. »

Pour Jacques Augendre, Bobet est sa « bête noire » : « [Leur] rivalité, entretenue par des déclarations assassines et la presse qui trouvait là un sujet inépuisable, domina la première moitié des années 1950. Elle fut d'autant plus attractive que les deux adversaires avaient du talent, de la personnalité et un sens journalistique contrasté. Bobet donnait dans la séduction et Robic dans la provocation : « Nous sommes bretons tous les deux, mais je suis un Breton authentique alors que Bobet est un Breton de l'extérieur. » Bobet répondait courtoisement aux journalistes, des « emmerdeurs » selon son rival qui leur reprochait « de poser des questions stupides et d'écrire n'importe quoi »cite-ref-augendre-170-0[150]. »

Toujours selon Augendre, le scénario du Tour de France 1959, leur dernier, est particulièrement éloquent : Robic est éliminé, hors délai, « la pire des humiliations », tandis que Bobet se retire au point culminant de la course, le col de l'Iseran, « attitude d'un seigneur »cite-ref-augendre-170-1[150].

Considéré comme pieux (comme l'atteste le don de son maillot jaune du Tour 1947 à la basilique Sainte-Anne d'Auray), Robic fut parfois envisagé sous cet angle :

« Catholique, voire mystique, « Biquet » ou « Casque de cuir », représente une sorte d'anti-Vietto, quelque peu réactionnairecite-ref-171[151]. »

Palmarès

Les principaux éléments du palmarès de Jean Robic sont détaillés ci-dessouscite-ref-palmar-s-11-20[8].

Cyclisme sur route

En indépendant

En professionnel

Cyclo-cross

Résultats sur les grands tours

Tour de France

1947 : Classement final ; vainqueur de trois étapes - (équipe de l'Ouest, direction : Pierre Cloarec)
1948 : 16e du classement général ; 3e du Grand Prix de la montagne - (équipe de France, direction : Maurice Archambaud)
1949 : 4e du classement général et vainqueur d'une étape ; 3e du Grand Prix de la montagne - (équipe Ouest-Nord, direction : François Lamour)
1950 : 12e du classement général ; 3e du Grand Prix de la montagne - (équipe de l'Ouest, direction : Pierre Cloarec)
1951 : 27e du classement général - (équipe de Paris, direction : Jean Maréchal)
1952 : 5e du classement général et vainqueur d'une étape - (équipe de France, direction : Marcel Bidot)
1953 : abandon (14e étape), vainqueur d'une étape et maillot jaune pendant un jour - (équipe de l'Ouest, direction : Léon Le Calvez)
1954 : abandon (5e étape) - (équipe de l'Ouest, direction : Léon Le Calvez)
1955 : abandon (10e étape) - (équipe de l'Ouest, direction : Léon Le Calvez)
1959 : hors-délais (20e étape) - (équipe Paris Nord-Ouest, direction : Jean Mazier)

Tour d'Italie

1950 : abandon (13e étape) - (équipe Viscontea-Ursus, direction : Gaetano Belloni)

Bibliographie

: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

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• modin1962jean-guy-modin1962Jean-Guy Modin (préf. Maurice Evrard et Raoul Rémy), Dans la roue de Robic..., Paris, Imprimerie Abécé, 1962, 304 p.
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Notes et références

Notes

cite-note-11. À cause de sa protection de cyclo-cross portée sur route à la suite d'une fracture du crâne survenue sur le Paris-Roubaix en 1944. Avec ses lorgnons et le grand mouchoir à carreau qu'il glisse sous son casque en cuir pour se protéger des insolations, il est traité de « petite vieille ». Cf. laborde2017christian-laborde2017Christian Laborde, Robic 47, éditions du Rocher, 2017, p. 92.
cite-note-4Note 2. Pierre décèdera à 29 ans, dans un accident de la route, en 1952 à Orly.
cite-note-6Note 3. Coordonnées géographiques de La Bottine : 47° 56′ 22″ N, 2° 43′ 05″ O.
cite-note-15Note 4. Henri Sausin a notamment obtenu une deuxième place à la Polymultipliée en 1926cite-ref-14[11].
cite-note-19Note 5. Si le critérium international de cyclo-cross constitue le championnat du monde officieux, son édition 1941 est très particulière : en effet, comme le précise Jean Bobet, « on cherche en vain des internationaux dans le classement »cite-ref-jb70-18-0[14].
cite-note-20Note 6. Paris-Alençon, est une course cycliste courue de 1941 à 1945.
cite-note-22Note 7. Paris-Nantes est une ancienne course cycliste, courue de 1924 à 1948.
cite-note-27Note 8. En 1945, Roger Rondeaux est le futur champion de la discipline : sept fois champion de France à partir de 1948 ; triple champion du monde en 1951, 1952 et 1953 (second en 1950, derrière Robic).
cite-note-33Note 9. Le critérium international de cyclo-cross 1947 est organisé au Luxembourg : il consiste en un circuit de 3,2 kilomètres, à faire six fois.
cite-note-53Note 10. Pour évaluer la somme de 100 000 francs en 1947, on peut par exemple indiquer qu'un contrat de critérium d'après-tour, pour un vainqueur du Tour de France, se négociait autour de 25 000 francs.
cite-note-58Note 11. Paris-Limoges est une ancienne course cycliste, courue de 1927 à 1976.
cite-note-66Note 12. Comme en 1947, Robic est passé en tête au col d'Aspin. En 1948, il franchit également le col des Ares en tête.
cite-note-68Note 13. Il remporte la course de côte du mont Faron en parcourant les 5,3 kilomètres en 18 minutes et 41 secondes.
cite-note-89Note 14. La 16e étape fut d'ailleurs tronquée à cause des « incidents du col d'Aspin » et de la crainte des représailles : initialement elle devait aller jusqu'à San Remo en Italie.
cite-note-94Note 15. Paris-Côte d'Azur est alors le nom de Paris-Nice ; cette dernière appellation ne sera adoptée qu'en 1954.
cite-note-99Note 16. Pour certaines épreuves, notamment les épreuves en Italie, les coureurs pouvaient changer d'équipe le temps d'une course. Concernant Robic, ce fut par exemple le cas quand il courut Rome-Naples-Rome en 1951 ou encore le Tour d'Italie en 1950.
cite-note-100Note 17. L'équipe « Colomb » portait le nom de son patron (qui faisait également office de directeur sportif), Marcel Colomb.
cite-note-152Note 18. Joop Zoetemelk, fête alors sa victoire dans le Tour de France 1980.
cite-note-153Note 19. Cette petite « course » est, pour l'anecdote, remportée par Barry Hoban.
cite-note-156Note 20. Le chapitre XIII du livre d'entretiens La vérité Robic évoque simplement un Jean Robic prétextant un rendez-vous avec son percepteur le lendemain (sans faire mention des événements présentés ici) pour justifier son départcite-ref-ap256-155-0[136].

Références

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Voir aussi

Articles connexes
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